Association francophone de diffusion de l'entretien motivationnel

Page mise à jour le 14 août 2013

EM en milieu carcéral : interroger la violence

2 juin 2010 • interview par Arnaud Robin

Olivier Gay est interne en psychiatrie. Il a effectué un stage de 6 mois au Service Médico-Psychologique Régional de la prison de la Santé. Il intervenait tous les jours, pour des rencontres avec les arrivants le matin, et des consultations avec ceux qui sollicitaient un suivi l’après-midi (une majorité des personnes détenues de la Santé).

Quel est le profil des personnes que vous avez rencontrées ?

Un nombre important des personnes en prison présentent des symptômes psychiatriques. D’après l’étude de Rouillon et Falissard (2004), 35% sont considérés comme malades ou gravement malades ; mais il est difficile de déterminer ce qui se cache derrière cette estimation. Il y a effectivement plus de patients schizophrènes en prison (7%) qu’en dehors (environ 1% de la population générale). Pour le reste, les symptômes que présentent les détenus (anxiété, troubles du sommeil, tristesse de l’humeur etc.) sont probablement à la fois le fait des difficiles conditions de vie à l’intérieur de la prison et d’un éventuel état pathologique antérieur. Par ailleurs, la tentative de suicide comme moyen d’alerte a un vrai poids lorsque l’on est enfermé.

Quel est votre rôle ?

Le rôle princeps du service médico-psychologique est d’assurer un accès aux soins psychiatriques pour les personnes incarcérées. Le service prend en charge les patients présentant un trouble psychiatrique caractérisé, et accueille aussi plus généralement toute personne en situation de souffrance psychique qui le souhaite. Une des difficultés de ces prises en charge provient du fait que les plaintes mises en avant, concernant l’origine de cette souffrance psychique, sont liées souvent aux conditions d’incarcération, et sortent du champ habituel des compétences psychiatriques. Ainsi certains détenus viennent vers nous avec de multiples demandes : « je veux changer de cellule », « je veux pouvoir prendre plus de douches », ou nous interrogent sur les raisons de leur incarcération : « Pourquoi je suis en prison ? Est ce que vous trouvez cela juste ? ».

Ces premières questions témoignent souvent d’une violence qu’ils ressentent, celle liée à l’enfermement, et aux règles internes, parfois vécues comme arbitraires. Partir de cette violence ressentie peut se révéler une porte d’entrée pour aborder le rapport à la violence de manière plus générale. En effet, pour beaucoup de patients rencontrés, la violence est une problématique récurrente du parcours de vie, et souvent bien au-delà du lien immédiat avec l’incarcération. Le rapport à la violence peut se révéler extrêmement ambivalent, entre la banalisation voire la valorisation et la reconnaissance de conséquences négatives pour leurs proches et eux-mêmes. Les outils de l’entretien motivationnel s’avèrent particulièrement utiles pour accompagner les patients à explorer cette ambivalence, et à travailler sur la violence dans leur vie, avec comme objectif pour moi dans ce type de prise en charge, qu’ils puissent apporter de nouveaux éléments de réponses à la question qui émerge alors : « comment je réagis quand je sens émerger en moi cette violence ? ».

Comment intervenez-vous ?

J’essaye de mener l’entretien sur un mode motivationnel, en commençant souvent par renvoyer ses questionnements au patient. En douceur, cela me permet de reprendre la main dans la conduite de l’entretien. De la violence qu’il ressent, qui est ce qu’il ramène lors des premières consultations, on évolue vers l’exploration de sa propre violence et souffrance.
Les résumés et les reflets sont très utiles. Ils me permettent de m’assurer de bien comprendre où en est mon patient ; et ils lui permettent, à lui, de prendre conscience de son positionnement, pour progressivement explorer ce qui l’a amené à être en prison, puis beaucoup plus largement, (re)penser à son parcours de vie.

Quelles sont leurs réactions ?

En arrivant, les personnes détenues ont généralement un a priori très négatif sur les psychologues et psychiatres, qui souvent évolue après les premières consultations. Ils réagissent plutôt bien, même si l’on ne leur apporte pas toujours les réponses attendues. L’approche motivationnelle permet de ne pas le faire de manière trop abrupte, et aide à instaurer un lien de confiance.

Photographies : © Konrad Baranski – Tomasz Kobosz – source : http://www.sxc.hu/

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